{"news":[{"uid":4919,"title":"N\u00e4chster Stopp: Roboter-Olympiade","teasertext":"Bildung Schweiz, 27.11.2025: Schweizer Kinder reisen diesen November nach Singapur, um am Weltfinale der Roboter-Olympiade anzutreten. Ihre Primarschullehrerin hat ihnen das R\u00fcstzeug dazu vermittelt.","short":"","body":"","datetime":1764234660,"datetimeend":0,"newstype":1,"newstypetext":null,"links":"https:\/\/www.bildungschweiz.ch\/detail\/naechster-stopp-roboter-olympiade","subjects":["Tips"],"image":["https:\/\/science.olympiad.ch\/fileadmin\/_processed_\/4\/6\/csm_Bild_Medienecho_weiss_a684ff7aea.png"],"link":"https:\/\/science.olympiad.ch\/fr\/news\/news\/naechster-stopp-roboter-olympiade","category":[{"uid":12,"title":"Robotique"},{"uid":5,"title":"Startseite"}]},{"uid":4851,"title":"Tout est soit vrai, soit faux, soit inconnu ; il n\u2019y a pas de semi-v\u00e9rit\u00e9","teasertext":"Le parcours de Michelle Bucher \u00e0 travers les math\u00e9matiques est \u00e0 la fois familier \u00e0 beaucoup et pourtant rempli d\u2019anecdotes et d\u2019exp\u00e9riences qui le rendent incontestablement unique.","short":"Le parcours de Michelle Bucher \u00e0 travers les math\u00e9matiques est \u00e0 la fois familier \u00e0 beaucoup et pourtant rempli d\u2019anecdotes et d\u2019exp\u00e9riences qui le rendent incontestablement unique. Elle a obtenu ses dipl\u00f4mes \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve et \u00e0 l\u2019ETH Zurich, avant de poursuivre des postdocs \u00e0 travers le monde, qu\u2019elle d\u00e9crit comme \u00ab la partie la plus difficile de la carri\u00e8re d\u2019un jeune chercheur \u00bb, en raison de l\u2019incertitude et de la bri\u00e8vet\u00e9 des projets. Elle a obtenu un poste de tenure track \u00e0 la KTH de Stockholm avant d\u2019accepter une professorship FNS \u00e0 Gen\u00e8ve, apr\u00e8s un postdoc \u00e0 l\u2019EPF Lausanne, et est aujourd\u2019hui ma\u00eetre d\u2019enseignement et de recherche \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve (UniGe).","body":"
Bien s\u00fbr, elle reconna\u00eet que la meilleure partie de son travail reste la recherche, mais elle appr\u00e9cie \u00e9norm\u00e9ment les occasions d\u2019enseigner et d\u2019interagir avec les \u00e9tudiants \u2013 ajoutant que les r\u00e9compenses imm\u00e9diates que procure l\u2019enseignement peuvent parfois \u00eatre plus satisfaisantes que les rares moments de \u00ab Eureka ! \u00bb de la recherche.<\/p>\r\n
\u00ab J\u2019adore voir les \u00e9toiles dans les yeux des \u00e9tudiants lorsqu\u2019ils d\u00e9couvrent un nouveau concept \u00bb<\/p>\r\n
ajoute-t-elle avec un sourire.<\/p>\r\n
Qu\u2019il s\u2019agisse de cours de bachelor, de cours avanc\u00e9s ou de s\u00e9minaires de recherche, elle s\u2019\u00e9panouit lorsqu\u2019elle pr\u00e9sente des math\u00e9matiques \u2013 des notions les plus fondamentales jusqu\u2019aux d\u00e9tails les plus pointus de ses propres travaux. Son activit\u00e9 pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e reste toutefois celle avec les \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s de premi\u00e8re ann\u00e9e \u2013 \u00ab un grand public de jeunes qui d\u00e9couvrent le domaine \u00bb, selon ses propres mots. Elle se souvient de sa propre premi\u00e8re ann\u00e9e et de la sensation que son cerveau \u00e9tait en train de se r\u00e9initialiser, et elle prend une immense joie \u00e0 d\u00e9clencher la m\u00eame exp\u00e9rience chez les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations de math\u00e9maticiens \u00e0 l\u2019UniGe.<\/p>\r\n
Son propre choix d\u2019\u00e9tudier les math\u00e9matiques s\u2019est fait un peu par hasard : la professeure Bucher savait qu\u2019elle \u00e9tait dou\u00e9e dans cette mati\u00e8re, mais n\u2019\u00e9tait pas certaine de ce qu\u2019elle voulait faire, et elle a choisi les math\u00e9matiques comme une base solide pour commencer. Pour elle, le moment o\u00f9 elle a r\u00e9alis\u00e9 qu\u2019elle voulait faire de la recherche une carri\u00e8re n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 un instant pr\u00e9cis, mais plut\u00f4t un processus continu, le r\u00e9sultat de divers facteurs motivants. Elle aimait la discipline, ses professeurs l\u2019encourageaient \u00e0 rester dans le domaine, et cela repr\u00e9sentait une suite naturelle. Tout n\u2019a pourtant pas \u00e9t\u00e9 parfait : \u00e0 un moment donn\u00e9, elle s\u2019est retrouv\u00e9e avec peu d\u2019options et a postul\u00e9 \u00e0 un seul poste, en se disant que si elle ne l\u2019obtenait pas, elle arr\u00eaterait les math\u00e9matiques. La professeure Bucher rit en se rem\u00e9morant l\u2019anecdote : elle n\u2019est pas s\u00fbre qu\u2019elle aurait r\u00e9ellement mis cette d\u00e9cision \u00e0 ex\u00e9cution. Heureusement, elle n\u2019en a pas eu besoin, puisqu\u2019elle a d\u00e9croch\u00e9 le poste. <\/p>\r\n
Cet article fait partie d'une s\u00e9rie en trois parties r\u00e9dig\u00e9e par les b\u00e9n\u00e9voles Yuta Mikhalkin et Tanish Patil. Lisez \u00e9galement les conversations avec David Cimasoni<\/a> et Anders Karlsson<\/a> !<\/p>\r\n Expliquer son travail \u00e0 un non-sp\u00e9cialiste est toujours un d\u00e9fi, mais la professeure Bucher s\u2019y pr\u00eate volontiers. \u00ab Je travaille \u00e0 l\u2019intersection entre la g\u00e9om\u00e9trie et la topologie, et l\u2019un des concepts qui revient r\u00e9guli\u00e8rement dans mes recherches est ce qu\u2019on appelle la caract\u00e9ristique d\u2019Euler. \u00bb Vous avez peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 entendu parler de la c\u00e9l\u00e8bre \u00e9quation qui relie les faces, ar\u00eates et sommets d\u2019un poly\u00e8dre : F \u2212 E + V = 2. Mais d\u2019o\u00f9 vient-elle, et quelle est la signification de ce 2 ? La professeure Bucher nous invite \u00e0 imaginer que l\u2019on \u201cprojette\u201d le poly\u00e8dre sur une sph\u00e8re \u2013 en y dessinant 8 points et 12 lignes qui les relient \u2013 et souligne que le fait d\u2019utiliser la sph\u00e8re comme support pour dessiner nos poly\u00e8dres rend la d\u00e9monstration de ce fait combinatoire, F \u2212 E + V = 2, bien plus simple. De plus, il devient facile de voir que la valeur 2 est intimement li\u00e9e \u00e0 la sph\u00e8re : si l\u2019on change la surface sur laquelle on projette notre poly\u00e8dre (par exemple un tore, le \u00ab donut \u00bb), on obtient une autre valeur (en l\u2019occurrence 0). Le fait que la valeur soit \u00e9gale \u00e0 2 pour la sph\u00e8re a d\u2019autres implications : l\u2019une d\u2019elles, explique la professeure, est le c\u00e9l\u00e8bre th\u00e9or\u00e8me de la \u00ab boule chevelue \u00bb (on ne peut pas coiffer une sph\u00e8re recouverte de poils sans cr\u00e9er une \u00e9pi \u2013 ou, en termes math\u00e9matiques, \u00ab il n\u2019existe pas de champ de vecteurs partout non nul sur la sph\u00e8re \u00bb). Et pourquoi se limiter \u00e0 deux dimensions ? On peut \u00e9tendre l\u2019analyse \u00e0 des objets de dimensions sup\u00e9rieures \u2013 avec un peu d\u2019imagination et beaucoup de math\u00e9matiques! Michelle Bucher se sent sans doute tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise avec les invariants topologiques, mais durant son m\u00e9moire de Master, elle a beaucoup travaill\u00e9 en th\u00e9orie g\u00e9om\u00e9trique des groupes, et admet y revenir de temps en temps. Les math\u00e9maticiens n\u2019ont pas \u00e0 se limiter strictement \u00e0 leur sp\u00e9cialisation. Ses travaux ont trouv\u00e9 des applications dans divers domaines, m\u00eame si elle consid\u00e8re que \u00ab l\u2019application la plus exotique a \u00e9t\u00e9 en combinatoire, dans des probl\u00e8mes de comptage \u00bb.<\/p>\r\n En mati\u00e8re de recherche, beaucoup se demandent si certaines branches des math\u00e9matiques offrent plus d\u2019opportunit\u00e9s que d\u2019autres. Selon la professeure Bucher, des questions ouvertes existent partout, m\u00eame dans des domaines souvent consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab clos \u00bb, tels que l\u2019alg\u00e8bre lin\u00e9aire ou la topologie g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\r\n \u00ab J\u2019ai l\u2019impression que beaucoup de gens se font une mauvaise id\u00e9e de certaines mati\u00e8res enseign\u00e9es en premi\u00e8re ou deuxi\u00e8me ann\u00e9e d\u2019universit\u00e9 \u2013 ces cours les pr\u00e9sentent de mani\u00e8re si concise qu\u2019on a l\u2019impression qu\u2019elles ne vont pas plus loin que ce qui a \u00e9t\u00e9 vu en classe. \u00bb<\/p>\r\n En r\u00e9alit\u00e9, presque chaque branche r\u00e9v\u00e8le, avec le temps, de nombreuses applications : \u00ab par exemple, l\u2019alg\u00e8bre lin\u00e9aire est tr\u00e8s active en ce moment, appliqu\u00e9e \u00e0 divers algorithmes de traitement de donn\u00e9es et d\u2019apprentissage automatique. \u00bb<\/p>\r\n Bien s\u00fbr, certains sujets deviennent parfois plus \u00e0 la mode que d\u2019autres, ce qui signifie qu\u2019\u00e0 un moment donn\u00e9 davantage de personnes se concentrent sur eux \u2013 parfois parce qu\u2019ils offrent plus d\u2019applications en lien avec les avanc\u00e9es technologiques actuelles \u2013 mais cela ne veut pas dire qu\u2019ils ont plus \u00e0 offrir dans l\u2019absolu. Bien que Michelle Bucher soit une pure th\u00e9oricienne \u2013 elle n\u2019a collabor\u00e9 qu\u2019avec d\u2019autres math\u00e9maticiens et jamais avec des chercheurs d\u2019autres domaines \u2013 elle consid\u00e8re les applications des math\u00e9matiques, et les nouveaux champs qu\u2019elles engendrent, r\u00e9ellement magnifiques. L\u2019\u00e9mergence de branches combinant les math\u00e9matiques avec des sciences telles que la biologie ou la chimie (comme la biologie math\u00e9matique ou la chimie math\u00e9matique) repr\u00e9sente des projets extr\u00eamement int\u00e9ressants, tant qu\u2019ils ne sont pas motiv\u00e9s uniquement par le financement : en effet, les universit\u00e9s tendent \u00e0 consacrer beaucoup plus de ressources aux recherches qui comportent des applications. En fin de compte, elle voit les math\u00e9matiques comme une discipline vivante, qui \u00e9largit continuellement ses horizons \u2013 que ce soit au sein de ses propres fondations ou \u00e0 travers les ponts qu\u2019elle construit avec d\u2019autres sciences.<\/p>\r\n Pourquoi faire de la recherche plut\u00f4t que de travailler dans l\u2019industrie ? La professeure Bucher propose deux r\u00e9ponses. <\/p>\r\n \u00ab Sur le plan personnel, il faut en faire si cela vous pla\u00eet. Mais de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, la recherche en math\u00e9matiques fondamentales est importante, et les id\u00e9es devraient pouvoir se d\u00e9velopper librement, sans se soucier des applications potentielles \u2013 et de nombreux r\u00e9sultats aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9s comme utiles appartiennent \u00e0 cette cat\u00e9gorie. \u00bb <\/p>\r\n Elle cite la th\u00e9orie des n\u0153uds comme exemple \u2013 utile \u00e0 la fois dans d\u2019autres domaines des math\u00e9matiques (la topologie, notamment pour l\u2019\u00e9tude des vari\u00e9t\u00e9s de dimension trois) et dans d\u2019autres sciences (par exemple en biologie, pour \u00e9tudier la structure de l\u2019ADN).<\/p>\r\n Et o\u00f9 la professeure Bucher trouve-t-elle de nouveaux d\u00e9fis \u00e0 la fin d\u2019un long article ou d\u2019un projet de recherche ? Elle d\u00e9crit cela comme un processus continu : la fin d\u2019une question ouvre les portes \u00e0 un monde de nouvelles interrogations. Comment g\u00e9n\u00e9raliser son r\u00e9sultat ? Quels autres corollaires d\u00e9coulent de ses travaux ? Peut-on formuler des conjectures naturelles ? Les math\u00e9matiques sont collaboratives, et les coll\u00e8gues repr\u00e9sentent une source pr\u00e9cieuse d\u2019inspiration pour d\u00e9cider de la suite.<\/p>\r\n Au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es \u2013 et surtout pendant la pand\u00e9mie \u2013 les modes de communication en math\u00e9matiques ont radicalement chang\u00e9. Au lieu de devoir toujours voyager \u00e0 travers le monde pour participer \u00e0 une conf\u00e9rence sur un sujet qui nous int\u00e9resse, il est d\u00e9sormais possible de partager des id\u00e9es ou d\u2019assister \u00e0 ces \u00e9v\u00e9nements en ligne. Selon Michelle, bien qu\u2019il soit parfois pratique d\u2019appeler un coll\u00e8gue via Zoom pour discuter d\u2019un sujet ou d\u2019une question, les conf\u00e9rences en pr\u00e9sentiel doivent rester une part essentielle de la vie professionnelle d\u2019un math\u00e9maticien. \u00ab Il ne s\u2019agit pas seulement des expos\u00e9s eux-m\u00eames ou des quelques questions que l\u2019on peut poser au pr\u00e9sentateur apr\u00e8s ceux-ci, mais aussi des interactions informelles pendant les pauses caf\u00e9, quand on discute des conf\u00e9rences, et soudain une nouvelle id\u00e9e appara\u00eet, ou une autre question surgit. Ou bien vous parlez \u00e0 quelqu\u2019un de vos travaux en cours, et cette personne peut poser une question \u00e0 laquelle vous n\u2019aviez pas pens\u00e9, ou mentionner qu\u2019elle conna\u00eet quelqu\u2019un travaillant sur un probl\u00e8me similaire. \u00bb<\/p>\r\n Quant aux collaborations, la professeure estime que les appels vid\u00e9o peuvent certainement \u00eatre utiles et acc\u00e9l\u00e9rer les progr\u00e8s, mais qu\u2019ils d\u00e9butent g\u00e9n\u00e9ralement en personne, o\u00f9 les id\u00e9es principales sont d\u2019abord discut\u00e9es et d\u00e9velopp\u00e9es, dans la m\u00eame pi\u00e8ce, devant le tableau et autour d\u2019un caf\u00e9. De m\u00eame, il est naturellement beaucoup plus facile de se concentrer lors d\u2019un cours en pr\u00e9sentiel, sans distractions ni tentations de \u00ab faire une petite pause pour prendre un snack \u00bb. R\u00e9ciproquement, lorsqu\u2019on enseigne ou donne une conf\u00e9rence en ligne, on ne peut pas percevoir les r\u00e9actions des auditeurs de la m\u00eame mani\u00e8re que lorsqu\u2019on se trouve physiquement devant eux. \u00ab Donc dans l\u2019ensemble, ce n\u2019est tout simplement pas aussi agr\u00e9able \u00bb, dit Michelle Bucher.<\/p>\r\n En ce qui concerne ses propres voyages \u00e0 travers le monde durant ses \u00e9tudes, elle voit une grande valeur \u00e0 visiter de nombreux lieux et \u00e0 apprendre de la fa\u00e7on dont les diff\u00e9rents d\u00e9partements de math\u00e9matiques fonctionnent ailleurs. \u00ab Bien s\u00fbr, il peut arriver qu\u2019une personne passe toute sa carri\u00e8re dans une seule institution, mais je pense qu\u2019il est important de partir \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, de puiser des id\u00e9es dans d\u2019autres universit\u00e9s, de voir comment l\u2019enseignement et la recherche peuvent se faire diff\u00e9remment. \u00bb<\/p>\r\n Lorsqu\u2019on lui demande si elle pense que l\u2019on devrait craindre que l\u2019IA prenne le dessus dans les domaines math\u00e9matiques, Michelle Bucher r\u00e9pond qu\u2019il vaut mieux apprendre \u00e0 coexister et \u00e0 travailler avec elle. Tout comme nous nous sommes d\u2019abord adapt\u00e9s aux calculatrices, puis aux ordinateurs, nous pouvons nous ajuster \u00e0 l\u2019IA pour qu\u2019elle prenne en charge des t\u00e2ches que nous savons th\u00e9oriquement faire mais que nous trouvons fastidieuses ou pour lesquelles nous manquons simplement de temps ou de m\u00e9moire. \u00ab Je pense d\u00e9finitivement que cela peut \u00eatre d\u2019une grande aide \u00bb, dit-elle. \u00ab \u00c0 mon avis, ce ne sera jamais plus qu\u2019un outil \u2014 nous avons toujours besoin, et aurons toujours besoin, d\u2019un cerveau humain pour guider la machine et v\u00e9rifier son travail. Je ne pense pas qu\u2019il y ait un risque qu\u2019elle nous remplace. \u00bb En fin de compte, ce n\u2019est pas une menace, mais un outil puissant qui, lorsqu\u2019il est guid\u00e9 par l\u2019intuition humaine, peut renforcer nos capacit\u00e9s sans jamais supprimer le besoin du raisonnement humain.<\/p>\r\n La question \u00e9tait : \u00ab Est-il possible que deux th\u00e9ories diff\u00e9rentes et incoh\u00e9rentes soient construites sur la m\u00eame base ? \u00bb La r\u00e9ponse de Michelle Bucher fut simple : <\/p>\r\n \u00ab Si les axiomes logiques sont les m\u00eames et coh\u00e9rents, alors non \u2013 et c\u2019est ce qui est magnifique en math\u00e9matiques. Quand je suis entr\u00e9e dans le domaine, c\u2019est exactement ce que j\u2019ai aim\u00e9 le plus : tout est soit vrai, soit faux, soit inconnu ; il n\u2019y a pas de semi-v\u00e9rit\u00e9. C\u2019est pourquoi on sait que si quelque chose ne colle pas, il y a forc\u00e9ment une erreur quelque part. \u00bb <\/p>\r\n Une telle situation est arriv\u00e9e \u00e0 la chercheuse elle-m\u00eame : \u00ab J\u2019avais trouv\u00e9 qu\u2019un certain invariant \u00e9tait \u00e9gal \u00e0 quelque chose comme 6, ce qui contredisait un r\u00e9sultat publi\u00e9, et j'\u00e9tais s\u00fbre d\u2019avoir v\u00e9rifi\u00e9 tout mon travail. Alors, d\u2019une mani\u00e8re un peu na\u00efve, j\u2019ai envoy\u00e9 un email aux auteurs, sugg\u00e9rant que leur d\u00e9monstration pouvait \u00eatre incorrecte, ce qu\u2019ils ont naturellement, mais poliment, \u00e9cart\u00e9 \u2013 le probl\u00e8me \u00e9tait que je ne pouvais pas publier mon article tant que le leur \u00e9tait encore en circulation, car deux r\u00e9sultats contradictoires ne peuvent pas coexister, et peu auraient cru une jeune chercheuse inexp\u00e9riment\u00e9e. Quelques mois plus tard, j\u2019ai identifi\u00e9 le probl\u00e8me dans leur preuve et, apr\u00e8s le leur avoir signal\u00e9, ils ont imm\u00e9diatement publi\u00e9 une correction, et j\u2019ai enfin pu publier mes r\u00e9sultats. \u00bb En recherche, de telles situations se produisent assez souvent, mais elles se r\u00e9solvent g\u00e9n\u00e9ralement rapidement. \u00ab Il y a une honn\u00eatet\u00e9 remarquable concernant les erreurs au sein de la communaut\u00e9 math\u00e9matique. Nous faisons des erreurs, et pour \u00eatre honn\u00eate, je suis contente de ne pas \u00eatre m\u00e9decin \u00bb, confie Bucher.<\/p>\r\n Il y a environ cent ans, faire carri\u00e8re dans la science en tant que femme \u00e9tait presque impossible. Bien que la situation se soit globalement am\u00e9lior\u00e9e avec le temps, Michelle Bucher estime qu\u2019\u00eatre une femme en math\u00e9matiques offrait en r\u00e9alit\u00e9 plus d\u2019avantages lorsqu\u2019elle \u00e9tait \u00e9tudiante qu\u2019aujourd\u2019hui. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, si vous \u00e9tiez brillante, vous attiriez automatiquement plus d\u2019attention \u2013 attention positive \u2013 qu\u2019un homme. Aujourd\u2019hui, en revanche, les remarques d\u00e9sobligeantes sont nombreuses. <\/p>\r\n \u00ab Donc si je devais donner un conseil aux jeunes filles, je dirais : si vous aimez les math\u00e9matiques, lancez-vous, laissez votre passion pour la mati\u00e8re \u00eatre plus forte que tous les commentaires discriminatoires que vous pourriez recevoir \u2013 un conseil qui vaut d'ailleurs tout autant pour les jeunes hommes. \u00bb<\/p>","datetime":1763478600,"datetimeend":0,"newstype":1,"newstypetext":null,"links":"","subjects":["Savoir","Egalit\u00e9 des chances","Tips"],"image":["https:\/\/science.olympiad.ch\/fileadmin\/_processed_\/2\/a\/csm_Michelle_Bucher_photo_22d134f3c3.png"],"link":"https:\/\/mathematical.olympiad.ch\/fr\/news\/news\/everything-in-mathematics-is-either-true-false-or-unknown-theres-no-half-truth","category":[{"uid":10,"title":"Math\u00e9matiques"},{"uid":5,"title":"Startseite"}]},{"uid":4902,"title":"La recherche? Un apprentissage perp\u00e9tuel","teasertext":"Le 5 novembre, 28 jeunes ont pris part \u00e0 l\u2019atelier organis\u00e9 avec laur\u00e9at\u2219e\u2219s des prix scientifiques suisses Marcel Benoist et Latsis \u00e0 l'Universit\u00e9 de Berne. Il et elles se sont pr\u00eat\u00e9\u2219e\u2219s au jeu de questions et r\u00e9ponses sur leur recherche et sur le m\u00e9tier de scientifique durant l\u2019apr\u00e8s-midi.","short":"Le 5 novembre, 28 jeunes ont pris part \u00e0 l\u2019atelier organis\u00e9 avec laur\u00e9at\u2219e\u2219s des prix scientifiques suisses Marcel Benoist et Latsis \u00e0 l'Universit\u00e9 de Berne. Il et elles se sont pr\u00eat\u00e9\u2219e\u2219s au jeu de questions et r\u00e9ponses sur leur recherche et sur le m\u00e9tier de scientifique durant l\u2019apr\u00e8s-midi.","body":" L\u2019\u00e9v\u00e9nement d\u00e9bute avec l\u2019accueil du Prof. Didier Queloz<\/a>, Pr\u00e9sident de la Fondation Marcel Benoist et laur\u00e9at Nobel 2019. Son grand sourire transmet \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e son enthousiasme pour les sciences et la remise des prix. Il encourage les participant\u2219e\u2219s \u00e0 continuer d\u2019\u00eatre curieux et \u00e0 faire partie de la rel\u00e8ve scientifique suisse. <\/p>\r\n Sur ce, temps de briser la glace. Janosch J\u00f6rg, Servan Gr\u00fcninger et Julia Knuchel, du groupe de r\u00e9flexion scientifique Reatch<\/a>, se chargent de mod\u00e9rer l\u2019\u00e9v\u00e9nement. <\/p>\r\n De gauche \u00e0 droite : Julia Knuchel, Janosch J\u00f6rg et Servan Gr\u00fcninger de Reatch.<\/p>\r\n Les personnes sont r\u00e9parties en groupes pour faire connaissance, avant de mettre en commun les questions qu\u2019ils et elles souhaitent poser aux scientifiques. <\/p>\r\n Une heure plus tard, le tour est jou\u00e9. Il est temps de laisser entrer le chercheur et les chercheuses :<\/p>\r\n De gauche \u00e0 droite : Mackenzie Mathis, Tobias Kippenberg, Saskia Stucki.<\/p>\r\n Les trois se r\u00e9jouissent d\u2019\u00e9changer avec les jeunes, dont la plupart ont particip\u00e9 aux concours des Olympiades de la science et de Science et jeunesse. La situation rappelle \u00e0 M. Kippenberg sa participation \u00e0 Jugend forscht<\/i>, le pendant allemand de Science et jeunesse, ce qui lui a permis de rencontrer des scientifiques lorsqu\u2019il \u00e9tait adolescent et in fine, s\u2019orienter vers la recherche. Mme Mathis se souvient d'avoir particip\u00e9 aux Olympiades de math\u00e9matiques aux Etats-Unis. <\/p>\r\n Le Prix Marcel Benoist est d\u00e9cern\u00e9 chaque ann\u00e9e \u00e0 des recherches exceptionnelles pour la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble ou importantes pour la vie humaine, produites en Suisse. Le montant du prix s'\u00e9l\u00e8ve \u00e0 250 000 francs. Le Prix Latsis r\u00e9compense des prestations particuli\u00e8res dans la recherche fondamentale en Suisse. Dot\u00e9 de 100 000 francs, il est attribu\u00e9 \u00e0 un\u2219e scientifique avec un \u00e2ge acad\u00e9mique allant jusqu\u2019\u00e0 10. <\/p>\r\n\r\n La premi\u00e8re session est toujours la plus intimidante, alors M. Kippenberg choisit de demander aux personnes pr\u00e9sentes pourquoi elles sont l\u00e0 aujourd\u2019hui. Tou\u2219te\u2219s trouvent int\u00e9ressant de parler directement aux scientifiques sur leur th\u00e8me de recherche et sur leur travail au quotidien; quelques personnes esp\u00e8rent avoir des pistes de r\u00e9flexion pour orienter leurs \u00e9tudes ou leur carri\u00e8re. Ces motivations constituent le fil conducteur des \u00e9changes cette apr\u00e8s-midi. <\/p>\r\n Selon Kippenberg, sa recherche part d'une une question simple : comment attraper la lumi\u00e8re dans un espace minuscule. Il veut comprendre, puis utiliser cette connaissance dans la recherche appliqu\u00e9e. Il trouve de la beaut\u00e9 dans la recherche en g\u00e9n\u00e9ral et la physique appliqu\u00e9e continue \u00e0 le fasciner. <\/p>\r\n Il se pla\u00eet \u00e0 dire \u00e0 ses \u00e9tudiant\u2219e\u2219s que la raison pour laquelle les scientifiques investiguent ou exp\u00e9rimentent est de pousser les limites du possible. Autrement dit, d'observer les d\u00e9fis, puis penser \u00e0 des solutions intelligentes pour les relever. Quelquefois, les limites sont pouss\u00e9es sans savoir quelles applications pourront en \u00eatre tir\u00e9es. Il conseille aux futur\u2219e\u2219s chercheurs et chercheuses soit de travailler dans la recherche fondamentale, soit dans la recherche appliqu\u00e9e. Kippenberg explique que travailler \u00e0 mi-cheval entre ces deux types de recherche peut d\u00e9boucher sur rien apr\u00e8s moults ann\u00e9es, c'est-\u00e0-dire ne g\u00e9n\u00e9rer ni de nouvelles connaissances ni d\u2019approfondissement, que ce soit en recherche fondamentale ou appliqu\u00e9e. <\/p>\r\n Parmi plusieurs personnes qui l\u2019ont inspir\u00e9, le laur\u00e9at cite Andre Geim, physicien russe ayant obtenu le prix Ig-Nobel en 2000 et le prix Nobel en 2010. De lui il tire les le\u00e7ons suivantes : sortez des sentiers battus, essayez m\u00eame si cela n\u2019est pas que ce vous avez exactement en t\u00eate \u2013 que ce soit parce que vous n\u2019observez pas ce que vous vous attendiez ou parce que vous ne comprenez pas ce que vous avez sous les yeux. Une autre r\u00e9f\u00e9rence est Peter Gruber, physicien autrichien qui a d\u00e9cid\u00e9 de travailler dans un sous-domaine bien connu de la physique, malgr\u00e9 l\u2019incompr\u00e9hension de ses coll\u00e8gues. Quelques ans apr\u00e8s, il cr\u00e9e une entreprise de mat\u00e9riel informatique bas\u00e9 sur les r\u00e9sultats de ses recherches. <\/p>\r\n La question du devenir appara\u00eet en filigrane tout au long de cette s\u00e9ance. La rencontre commence par un r\u00e9sum\u00e9 des buts et des m\u00e9thodes de recherche de l\u2019\u00e9quipe de Mathis. Le but : diriger des muscles endommag\u00e9s. L\u2019approche : le reverse engineering<\/i>, ou partir de la cartographie des muscles pour recr\u00e9er des r\u00e9seaux neuronaux du cerveau. <\/p>\r\n Tant l\u2019approche que les outils employ\u00e9s fascinent, il n\u2019est donc pas \u00e9tonnant que quelqu\u2019un demande \u00e0 Mathis comment elle a construit son outil. Sa r\u00e9ponse : \u00ab On ne sait pas pr\u00e9cisement \u00bb. Elle d\u00e9veloppe par la suite. La construction de son propre outil tient \u00e0 l\u2019audace de d\u00e9couvrir, de chercher des solutions, d\u2019avancer par t\u00e2tonnements jusqu\u2019\u00e0 savoir quelles variables sont importantes ou pas. A un moment, une structure tient la route, elle peut \u00eatre employ\u00e9e et ajust\u00e9e. La scientifique appr\u00e9cie que les questions de recherche sont en perp\u00e9tuel changement et les poursuit. A titre d\u2019exemple, elle a appris \u00e0 coder pour effectuer son projet, elle a d\u00fb r\u00e9server du temps et garder de l\u2019\u00e9nergie pour cela. Elle se rappelle la frustration de ne pas savoir faire ce qu\u2019elle voulait faire et de penser qu\u2019elle \u00e9tait sens\u00e9e de le savoir. D\u2019apr\u00e8s son exp\u00e9rience, on devient peu \u00e0 peu \u00e0 l\u2019aise avec ce sentiment, on accepte ce processus d\u2019apprentissage. <\/p>\r\n A la question de savoir si l\u2019obtention du prix Latsis 2024 a chang\u00e9 quelque chose, elle r\u00e9pond que son public \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement chang\u00e9; elle a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e par des soci\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicales \u00e0 pr\u00e9senter ses recherches et elle est d\u00e9sormais impliqu\u00e9e dans plus de recherches m\u00e9dicales. Elle per\u00e7oit un potentiel de collaboration qui la r\u00e9jouit, puisqu\u2019il y a des technologies fiables qui faciliteraient aux m\u00e9decins l\u2019\u00e9tablissement de diagnostiques. <\/p>\r\n Cette session se d\u00e9marque des autres. La chercheuse propose aux participant\u2219e\u2219s de poser toutes les questions souhait\u00e9es; elle s\u2019engage \u00e0 y r\u00e9pondre honn\u00eatement, tout en pr\u00e9servant son intimit\u00e9, \u00e0 condition que ce qui soit discut\u00e9 ne sorte pas de la pi\u00e8ce. La proposition est accept\u00e9e.<\/p>\r\n A diff\u00e9rents moments de l\u2019atelier, les scientifiques ont soulign\u00e9 le caract\u00e8re collaboratif et cr\u00e9atif de la recherche. Il et elles appr\u00e9cient d\u2019enseigner et d\u2019apprendre des \u00e9tudiant\u2219e\u2219s, de voir que ceux- et celles-ci viennent sans id\u00e9es fixes et font preuve de cr\u00e9ativit\u00e9. Lors de projets de grande envergure, des collaborations locales et internationales se mettent en place, les \u00e9quipes scientifiques se renouvellent continuellement, il y a un donc un transfert permanent de savoirs. Cela encourage \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 d\u2019autres domaines ou \u00e0 d\u2019autres approches. <\/p>\r\n Les trois enjoignent le public \u00e0 se frotter aux fronti\u00e8res de leurs domaines de pr\u00e9dilection, car cela m\u00e8ne \u00e0 d\u2019autres pistes, \u00e0 exp\u00e9rimenter l\u2019interdisciplinarit\u00e9. Les frustrations sont surpass\u00e9es par les apprentissages. L\u2019important est de ne pas se laisser coller une \u00e9tiquette, de r\u00e9fl\u00e9chir par soi-m\u00eame et de faire ce qui nous int\u00e9resse. Il faut trouver ce qui nous pla\u00eet et l\u2019embrasser. <\/p>\r\n
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<\/p>\r\nUne s\u00e9ance avec Tobias Kippenberg<\/h2>\r\n
<\/p>\r\nUne autre s\u00e9ance avec Mackenzie Mathis<\/h2>\r\n
<\/p>\r\nLa derni\u00e8re s\u00e9ance avec Saskia Stucki<\/h2>\r\n
<\/p>\r\nL'ouverture en guise de conclusion<\/h2>\r\n