26.08.2026

Savoir

Comment susciter l'intérêt des jeunes pour les MINT

Que pensent les jeunes Suisses des mathématiques, de l'informatique, des sciences naturelles et de la technique (MINT)? C'est ce que révèle le « Baromètre de la relève MINT Suisse 2026 ». Réalisée par l’Académie suisse des sciences techniques (SATW) pour le compte des Académies suisses des sciences, cette étude formule notamment des recommandations d'action pour la promotion de la relève dans les domaines MINT. Nous avons interrogé deux membres du groupe d'accompagnement scientifique de l'étude afin de comprendre ce que ces résultats signifient pour les Olympiades de la science.
Source: SATW

Entretien avec Edith Schnapper, responsable de la promotion de la relève au secrétariat de la SATW, et le professeur Thomas Studer, professeur d'informatique à l'Université de Berne.

Y a-t-il un résultat du Baromètre de la relève MINT qui vous a surpris?

Edith Schnapper: Les résultats sont très similaires aux chiffres du dernier baromètre de la relève dans les disciplines MINT, datant d’il y a dix ans. L’acronyme « MINT » n’est toujours connu que dans notre milieu et chez les enseignant·e·s, nous en sommes conscient·e·s. Mais la question bien plus importante est de savoir comment nous pouvons rapprocher les jeunes de la science et de la technologie. On recommande souvent de commencer très tôt, ce qui est judicieux, mais le niveau secondaire I est déterminant, car c’est à ce moment-là que s’opère le choix d’orientation professionnelle. Ce qui motive les jeunes, ce sont les expériences de réussite – c’est ce qui les incite à persévérer.

Thomas Studer: Les chiffres se sont légèrement améliorés depuis la dernière enquête – mais ce serait bien qu’ils s’améliorent encore davantage. Par exemple, il y a encore une marge de progression en matière d’égalité des sexes. Mais dans l’ensemble, nous sommes sur la bonne voie. La discipline fondamentale qu’est l’informatique, par exemple, a gagné en visibilité.

L’étude montre que les femmes s’évaluent elles-mêmes moins bien que les hommes en mathématiques, en informatique et en technologie, alors que l’évaluation objective de leurs compétences ne révèle pratiquement aucune différence. Plusieurs olympiades de la science montrent que la proportion de femmes diminue d’une édition à l’autre. Certaines olympiades tentent de renforcer la confiance en soi des jeunes femmes grâce à des offres non mixtes, par exemple le Womens’ Weekend de l’Olympiade de physique ou l’European Girls’ Olympiad in Informatics. Cette approche est-elle pertinente? Que pourrions-nous faire d’autre?

Thomas Studer: J’entends souvent dire que les étudiantes et les élèves se sentent découragées lorsque leurs camarades masculins utilisent à tout va le jargon technique – qu’ils le comprennent vraiment ou non. Un cadre non mixte peut offrir une expérience différente à cet égard. Mais il est parfois difficile, en raison de cette auto-évaluation problématique, d’inciter suffisamment de femmes à participer – les enseignant·e·s doivent alors motiver activement les élèves.

Edith Schnapper: Fondamentalement, l’autonomisation est nécessaire, oui – toutefois, il ne s’agit pas seulement de renforcer l’individu, mais d’opérer un changement systémique. De manière générale, dans les lieux d’apprentissage extrascolaires, il est important de remettre consciemment en question les stéréotypes existants et de ne pas les reproduire involontairement – par exemple, l’idée que les garçons s’adonnent avec enthousiasme au bricolage et à la recherche, tandis que les filles rédigent le compte-rendu et se contentent d’observer. Vous pourriez examiner le déroulement des Olympiades, étape par étape. Les Olympiades sont-elles inclusives? Il pourrait également être utile d’envisager l’instauration d’un quota. Ce n’est pas une solution miracle, mais cela contribue à rééquilibrer le système. Étant donné que vos bénévoles sont principalement d’ancien·ne·s participant·e·s, cela revêtirait ici une importance particulière. Plus les femmes ont de modèles, plus elles ont envie de s’impliquer.

L’étude décrit une image négative de soi, indépendamment du genre, comme un obstacle potentiel pour la relève MINT. En tant qu’Olympiades de la science, nous encourageons les enseignant·e·s à participer, si possible, avec toute la classe et à ne pas subordonner la participation des jeunes à l’auto-évaluation de leurs compétences. Quelques enseignant·e·s voient toutefois cela d’un œil critique, car la majorité des élèves ne passe pas le cap du premier tour et pourrait s’en trouver découragée. Qu’en pensez-vous?

Thomas Studer: Je ne pense pas qu’il soit décourageant de ne pas passer le cap lors d’une olympiade, car on ne s’y attend pas forcément. Je vois plutôt le côté positif: tous celles et ceux qui, contre toute attente, se qualifient alors qu’elles et ils ne s’en seraient jamais cru capables.

 

Thomas Studer à la finale des Olympiades d'informatique.

 

Le rôle des parents est également mis en avant dans l’étude. Thomas Studer, votre fille Jasmin a participé aux Olympiades d’informatique. Est-ce vous qui l’avez incité?

Thomas Studer: Ma femme et moi travaillons tous les deux dans l’informatique, mais c’est seulement durant les cours au gymnase que Jasmin s’est vraiment passionnée pour la programmation. À un moment donné, je n’arrivais plus à lui donner assez d’exercices. C’est alors que je lui ai recommandé les Olympiades d’informatique.

Edith Schnapper: C’est parce que les parents jouent un rôle important que nous les impliquons dans le programme SwisstecLadies de la SATW. Ils assistent à la présentation des projets et peuvent ainsi constater à quel point leurs filles sont talentueuses et motivées. Nous proposons également des ateliers mère-fille, au cours desquels les figures féminines de référence des mentorées peuvent surmonter leurs propres réticences et développer une approche positive des thèmes MINT.

Un résultat marquant de l’étude: l’intérêt pour les MINT augmente lorsqu’il s’agit de thèmes concrets comme la médecine ou la protection de l’environnement. Quelles conclusions peut-on en tirer pour la promotion des jeunes talents?

Edith Schnapper: Lors des TecDays de la SATW, il y a de très nombreuses offres proposées par des partenaires issus du monde scientifique et de l’industrie. La construction de prototypes de fusées, par exemple, remporte un franc succès. C’est facile à mettre en œuvre, cela captive les jeunes et c’est amusant. Outre le défi pratique, l’approche ludique fonctionne également très bien. Nous avons par exemple une activité proposée par la HES-SO Valais-Wallis, dans laquelle deux groupes devaient résoudre des problèmes mathématiques en poursuivant un objectif commun.

Thomas Studer: Ce que je retiens également du rapport, c’est qu’il faudrait sensibiliser davantage au fait que l’artisanat technique fait lui aussi partie des MINT. Les MINT ne se limitent pas au domaine académique. Les Olympiades de robotique ou encore le concours CanSat des Olympiades d’astronomie pourraient favoriser cette prise de conscience.

En quoi les Olympiades de la science se distinguent-elles?

Edith Schnapper: Vous proposez un large éventail de disciplines. Votre image est moderne, jeune et adaptée à votre public cible, et vous parvenez à mobiliser les talents. L’accompagnement des talents pendant le concours constitue une énorme valeur ajoutée: il ne s’agit pas seulement de performances, mais aussi de développer des compétences transversales telles que la créativité, l’esprit critique ou le travail d’équipe. Des bénévoles engagé·e·s et une communauté solide rendent cet accompagnement possible. De même, la possibilité de rencontrer à l’étranger les meilleur·e·s du monde entier, d’apprendre et d’échanger avec elles et eux constitue une étape importante pour les jeunes.

Vous souhaitez savoir où en est la Suisse en matière de MINT? Dans l’article d’accompagnement du Baromètre de la relève MINT Suisse 2026, vous trouverez les principaux résultats de l’étude et le rapport complet au format PDF.

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