17.01.2020

Des chiffres et des trains

Viviane Kehl, des Olympiades de mathématiques, travaille aux CFF. Elle a découvert sa voie professionnelle en suivant ses intérêts. Parfois sans consulter l'horaire au préalable.

Photos: Severin Nowacki

Un tapis de pièce rouges, vertes et jaunes s'étend sur l’un des trois écrans devant lesquels Viviane est assise. Je lui demande ce que ces couleurs signifient. "Globalement, le rouge est mauvais, le vert est bien et jaune est acceptable", explique-t-elle. Ce qui est montré ici sous forme de feux de circulation, ce sont des informations sur les postes d'aiguillage. Ils facilitent le passage des trains en coordonnant les signaux et les aiguillages. Si, par exemple, on veut vérifier si un plan de construction donné peut fonctionner en toute sécurité, on doit savoir quel poste d'aiguillage est capable de quoi.

 

Actuellement, ces données sont encore stockées dans de nombreuses listes et tableaux dispersés. A partir de là, Viviane va créer une base de données unique dans laquelle on pourra rechercher exactement les informations dont on a besoin. Depuis début septembre, la jeune femme de 25 ans aux épaisses boucles brunes travaille dans le bâtiment des CFF situé juste à côté de la gare de Berne Wankdorf. De la fenêtre de leur bureau paysager, Viviane et ses collègues ont une vue dégagée sur le fruit de leur travail: les trains se dirigent vers le bon quai, les passagers montent et descendent, et le voyage continue. De temps en temps, un InterCity passe à toute allure sans s'arrêter.

 

Les murs du bureau sont décorés de photos prises dans la nature et d'images de lignes ferroviaires particulièrement pittoresques; des organigrammes compliqués sont accrochés entre les deux. En observant la place de travail de Viviane, je remarque immédiatement la bouteille des Olympiades internationales de physique 2016, ainsi qu’un étui des Olympiades européennes de mathématiques pour filles 2018. Autant d’accessoires pratiques qui renvoient aux Olympiades de la science, pour lesquelles Viviane - qui a participé aux Olympiades de mathématiques et de physique à l'adolescence - s'engage désormais en tant que bénévole.

 

Un camp de maths et des pays lointains

Enfant, Viviane trouvait les leçons de maths plutôt ennuyeuses. A l'école primaire, l'accent était mis sur les opérations mathématiques de base. Ce qu'elle aimait elle, c'était la pensée logique. Alors qu'elle approfondissait le sujet, elle découvrit des énigmes passionnantes qu'elle pouvait résoudre pendant des heures. Grâce à des programmes de soutien tels que la Junior Euler Society, qui lui a également permis d'en apprendre davantage sur les Olympiades de mathématiques, Viviane a eu la chance d'aller au-delà du curriculum habituel. Lorsqu’elle a été autorisée pour la première fois à participer à un camp de maths, elle s’est demandé si elle s’y sentirait à l'aise. D’habitude, elle n'aimait pas trop les camps. Mais cela a changé quand elle a rencontré des gens de toute la Suisse avec qui elle pouvait parler de mathématiques et jouer à des jeux amusants. Avec le temps, elle a même commencé à aimer les camps scolaires normaux.

 

Viviane a également réussi à se qualifier pour des manches internationales des Olympiades. C'est là qu’elle a découvert que l'on trouve partout dans le monde des gens avec qui l’on s'entend bien. C'est avec cette attitude qu'elle s'est rendue à Hong Kong des années plus tard, pour un semestre d’échange. "Sans les Olympiades de mathématiques, je n'aurais probablement pas osé", dit Viviane. Elle n'aurait de toute manière pas eu le temps de se ronger les sangs à l’avance, car son vol pour l’Asie était agendé le lendemain du dernier examen. A Hong Kong, elle s’est familiarisée avec une autre culture et a pris du recul par rapport à la vie quotidienne de l'EPF. Quand je lui pose la question exagérée de savoir s'il n'y a jamais eu une situation pendant son séjour à l'étranger dans laquelle elle se demandait comment elle devrait survivre au semestre, elle répond avec une confiance inébranlable : "C'est seulement un semestre, tu peux déjà y survivre".

 

De l'EGMO au chemin de fer

Après le gymnase, Viviane en voulait encore et a commencé à s'engager en tant que bénévole pour les Olympiades de mathématiques. Elle s'est rapidement retrouvée au sein du comité d'organisation des Olympiades européennes de mathématiques pour filles, EGMO en abrégé. Le concours, qui a eu lieu en Suisse en 2017, vise à enocurager les filles intéressées par les maths. Mettre sur pied un tel événement était un nouveau défi pour Viviane, qu'elle a trouvé très enrichissant. Elle a particulièrement apprécié de faire partie d'une équipe et de créer quelque chose ensemble. Rétrospectivement, l'EGMO 2017 a probablement été le facteur décisif dans sa décision de ne pas se lancer dans un doctorat en mathématiques. Même si elle a aimé son travail de master en théorie axiomatique des ensembles, elle n’aurait pas pu imaginer consacrer cinq ans – en solitaire - à une thématique qui n'avait aucun potentiel d'application.

 

Elle cherchait donc un travail plus concret, plus coopératif. Et elle savait déjà de quoi il devrait s'agir: des trains. Alors qu’ils l'ont toujours fascinée, cette fascination s’est aiguisée lorsqu’elle a assisté à un cours sur la technique ferroviaire à l'EPFZ. Elle raconte cette incursion dans les coulisses du chemin de fer avec beaucoup d’enthousiasme. Certes, ses études ne pouvaient pas bénéficier des crédits de cet enseignement. Mais pour Viviane, il valait la peine de passer son temps libre dans la salle de cours. D'autant plus que cette expérience l’a menée bien au-delà de quatre murs: lors d'une excursion de deux jours, elle a traversé toute la Suisse en train et a été autorisée à monter dans la cabine du conducteur.

 

L'entrée dans la vie professionnelle

Aux CFF aussi, Viviane sort de temps en temps de son bureau afin de se frotter au terrain, par exemple en découvrant des locomotives à Brigue ou en apprenant à marcher correctement sur les rails. En plus des cours d'introduction qui donnent un aperçu des systèmes de sécurité dans le trafic ferroviaire, ces expériences font partie du programme "Career Starter Signalling" des CFF. La jeune femme aime beaucoup les excursions et les présentations, ce qui n'est pas étonnant: "C'est comme le cours à l’EPFZ sur les chemins de fer, sauf que je suis payée pour le suivre!" Viviane a entendu parler du programme "Career Starter" après avoir essuyé un échec lors de sa première postulation aux CFF. Elle a désormais la possibilité de se familiariser durant une année avec trois groupes de travail différents.

 

Afin de maîtriser la tâche qui lui incombe au sein de son groupe de travail actuel, elle doit apprendre, entre autres, à programmer une base de données pour obtenir des informations sur les postes d'aiguillage. Cela comporte des pièges, car le langage de programmation qu'elle utilise pour la base de données n'est pas entièrement compatible avec Microsoft Access. Parfois quelque chose ne fonctionne pas et Viviane doit d'abord découvrir où se trouve l'erreur. C'est un avantage pour elle d’avoir appris à acquérir rapidement de nouvelles façons de penser abstraites pendant ses études de mathématiques - et à ne pas abandonner trop vite. Il arrive qu'on ait un trait de génie après avoir longuement réfléchi à un problème mathématique, mais qu'on doive reconnaître en y regardant de plus près que la solution supposée est une impasse. Si l'on est découragé, le problème reste sans solution.

 

Mais si Viviane se heurte au travail à une question à laquelle elle n’arrive vraiment pas à répondre elle-même, elle peut toujours se tourner vers son équipe. Les contacts réguliers avec ses collègues sont l'une des raisons pour lesquelles elle a choisi une carrière non académique; il est donc important pour elle que les relations interpersonnelles soient bonnes. "Ils sont tous très gentils", dit Viviane à propos de son équipe actuelle. "Et je pense que la plupart d'entre eux aiment aussi les trains ", ajoute-t-elle avec le sourire. Elle l’avait déjà découvert dans le cadre des Olympiades de mathématiques: qu’il est agréable de faire la connaissance de personnes avec lesquelles on a des intérêts communs!

 

 

Viviane Kehl a 25 ans et est titulaire d'un master en mathématiques de l'EPFZ. Elle travaille aux CFF depuis septembre 2019. Elle est liée aux Olympiades de la science par sa participation et son engagement bénévole aux Olympiades de mathématiques et physique.

 

A propos de l'auteur : Lara Gafner est présidente des Olympiades Suisses de philosophie et étudie l'histoire et la philosophie de la connaissance à l'EPFZ.

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