13.08.2021

Amis | Savoir | Durabilité | Egalité des chances

Immersion au coeur du 10ème International Swiss Talent Forum

Du 04 au 07 août 2021 dernier, pour la dixième édition de l'International Swiss Talent Forum, des jeunes scientifiques ont conçu des solutions qui touchent à au thème très controversé de la surveillance. Nous nous sommes glissé·e·s dans les coulisses de l’événement.

L’International Swiss Talent Forum s’est déroulé au Conference center de Sempachersee.

 

«La recherche et l’innovation sont des domaines dynamiques où la relève est essentielle», expliquait Martina Hirayama, Secrétaire d’Etat à la formation et à l’innovation, dans le cadre d’une interview pour les Olympiades de la science. La promotion des talents est en effet cruciale pour renforcer la Suisse en tant que place forte de l’innovation. Au niveau national, deux organisations, les Olympiades de la science et la Fondation Science et jeunesse (Sej), travaillent notamment à cet objectif. En plus de leurs offres respectives, elles collaborent dans le cadre d’un projet unique: l’International Swiss Talent Forum (ISTF). Un Think-Tank sur un sujet d’actualité brûlant qui réunit chaque année 70 jeunes lauréat·e·s de concours scientifiques suisses et internationaux.

 

Celui-ci est chapeauté par Sej qui réserve chaque année des places pour les finalistes des Olympiades internationales. Du 04 au 07 août 2021 dernier, pour la dixième édition “Rethinking Surveillance”, les jeunes scientifiques ont conçu des solutions qui touchent à ce thème très controversé. Nous nous sommes glissé·e·s dans les coulisses de l’événement. Reportage.

 

  

L’International Swiss Talent Forum s’est déroulé au Conference center de Sempachersee. 

La surveillance sous toutes ses formes

C’est au Conference center de Sempachersee dans le village de Nottwil (Lucerne) que l’aventure commence. La tension est palpable du côté des organisateur·rice·s: après plus d’un an d’événements entièrement virtuels, chacun·e doit retrouver ses marques. Il est 13h00. Le stand d’accueil avec les goodies et les kits de conférence est prêt. Les premier·ère·s participant·e·s arrivent avec leur valise et s’apprêtent à embarquer pour 4 jours de réflexion intensifs sur un thème d’actualité brûlant et d’importance globale: la surveillance.

 

Le sujet semble vaste. Mais pas de panique, celui-ci a été décomposé en plusieurs thèmes appelés «challenges» qui traitent chacun d’une dimension différente de la surveillance. Les jeunes seront donc séparés en équipe avec pour mission de concevoir des solutions concrètes. Pour y parvenir, ils et elles seront accompagné·e·s par une équipe d’expert·e·s venant d’institutions suisses éminent·e·s, par des coaches et par une méthodologie spécifique. Défi supplémentaire: la langue du Think-Tank est l’anglais.

  1. Privacy as Intellectual Property – Dr. Heinz Müller
  2. Evolving Healthcare Through Digital Trust and Data Sharing – Fred Mpala
  3. The Ethics of Public Health Surveillance For Preventing Future Pandemics – Dr. Manuel Trachsel
  4. Purpose-limited Applications by Design – Carmela Troncoso

 

Direction l’auditoire pour une première introduction avec un keynote speech du Prof. Francisco Klauser, professeur à l’Université de Neuchâtel et spécialiste des questions qui mêlent surveillance, pouvoir et constructions sociales: «Ne pensez pas la surveillance comme un concept neutre. Ces technologies sont produites par les êtres humains. Il faut donc absolument développer une approche critique: qui produit ses données qui les récoltent et quelles formes de discriminations sociales peuvent être reproduites?».

 

Pour Dario Ackermann, l’un des participant·e·s, la possibilité de traiter la surveillance de manière objective a particulièrement attiré son attention: «J’ai lu 1984 de George Orwell, et j’avais une vision de la surveillance très négative. Lorsque j’ai pris connaissance du thème de l’ISTF, j’ai trouvé l’angle étonnant», souligne-t-il.

 

La présentation du Prof. Klauser se poursuit. Il donne plusieurs exemples de projets de surveillance qui ont été menés à bon escient, dont celui de caméras qui avaient été installées en Suisse romande avec pour objectif de protéger des travailleur·euse·s du sexe. Mais le bilan fût mitigé: les agressions se déroulent rarement dans l’espace public, mais plutôt à l’abri des regards chez les client·e·s. Finalement, les caméras n’avaient eu aucun impact sur leur sentiment de sécurité.

 

Les participant·e·s de l’ISTF ont abordé toutes les implications, positives et négatives, de la surveillance.

 

Une méthodologie et des crazy ideas

«Voici la méthodologie de l’ISTF. Vous allez gravir une ‘montagne’ et passer par plusieurs cycles», Christina Stent est coach en créativité depuis plus de 20 ans - elle accompagne des entreprises et des personnes sur la route du changement.

 

«Si vous êtes bloqué·e·s, fermez les yeux. Imaginez que vous êtes sur une autre planète. Focalisez-vous, non pas sur votre problème, mais sur votre objectif».

 

Lors du deuxième jour, les participant·e·s ont réalisé un exercice de groupe pour dépasser le syndrome de la page blanche. L’équipe des coaches possède en effet une palette d’outils pour les aider à think outside of the box. Pour le Dr. Julián Cancino, responsable du projet, cette approche et l’une des plus grandes forces de l’ISTF: «Dans le cadre de ce Think-Tank, nous apportons également une méthodologie, ils·elles sont initié·e·s à la science mais ils·elles doivent aussi proposer des solutions innovantes en pensant autrement».

 

Une méthode qui a fait ses preuves: en témoigne Charleen Bretteville et Lucas Büsser, deux ancien·ne·s participant·e·s de l’ISTF. Le processus créatif du Think-Tank les a en effet inspiré·e·s à mettre sur pied visonauten, leur propre entreprise de conseil. Ils·elles proposent à leur client·e·s des solutions “visionnaires”. La Poste, Migros ou encore le Secrétariat d’État à la formation ont déjà fait appel à leurs services.

Charleen Bretteville et Lucas Büsser, ancien·ne·s participant·e·s de l’ISTF, sont venu·e·s présenter leur startup.

 

 

Des solutions ingénieuses

«Quelle est la différence entre l’ingénieur·e et le·la scientifique?  L’ingénieur·e doit proposer une solution concrète à un problème donné, alors que le scientifique conclut souvent sa recherche sur une autre question», explique sur un ton humoristique le Prof. Ralph Eichler, le président du Conseil de Fondation, lors du dernier jour des présentations, avant d’ajouter: «Dans le cadre de l’ISTF, nous nous situons à mi-chemin entre ces deux mondes».

 

Les participant·e·s avaient en effet pour mission d’écrire à peu près deux pages de dissertation où ils·elles avançaient les arguments principaux de leur solution. Dernier délai pour la reddition: vendredi soir à minuit. Il faut dire que cette année, les participant·e·s de cette édition se sont particulièrement surpassé·e·s.

 

Pour le challenge juridique «Privacy as intellectual property», par exemple, les jeunes devaient proposer une manière d’unifier les lois concernant les données personnelles. «Make Personal Data Personal Again» est une des deux solutions qui a été avancée. Les jeunes ont plaidé en faveur d’un système juridique où les données personnelles feraient partie intégrante de la propriété intellectuelle. Ainsi, les individus pourraient mieux protéger leurs données ou les partager mais contre une somme d’argent.

 

Dans le cadre du quatrième challenge «Purpose-limited Applications by Design», le groupe de Dario a proposé une «ECO2 card». Une carte de débit qui pourrait être fournie à chaque citoyen avec un nombre de points disponible par mois. Pour chaque produit acheté, des points seraient retirés en fonction de l’impact écologique (ou non) de l’objet.

 

Soft skills et esprit d’équipe

 

Le premier soir, les participant·e·s ont soupé au Caribbean Village de Nottwil. Au programme: confection de burger végétarien.

 

 

«Certaines personnes pensent actuellement que nous injectons des puces avec le vaccin contre le covid-19. Pourquoi ne pas le faire réellement?». Dès les premières secondes, le public est transporté façon conférence TedX au coeur d’un scénario dystopique bien rythmé. Un groupe vient de proposer une puce médicale pour toute la population qui permettrait de faire des économies d’échelle. Celle-ci nous tiendrait informé·e·s en permanence de notre état de santé: plus de rendez-vous médical de «contrôle» ou de fausses alertes. Une invention qui signerait la fin des assurances maladies privées puisque les puces seraient contrôlées par l’État.

 

Le dernier jour, en plus des solutions écrites, les participant·e·s devaient présenter en quelques minutes les résultats de leurs travaux face aux autres groupes de manière interactive et percutante. Pour développer leurs talents d’orateur·rice·s, ils·elles ont pu participer à des cours de storytelling et de storywriting lors du Think-Tank.

 

Et ce n’est pas tout. Ils·elles ont également été amené à développer d’autres soft skills, tels que le travail d’équipe. Avant de commencer l’ISTF, les jeunes ne s’étaient pour la majorité, jamais rencontré·e·s et se sont retrouvé·e·s mixé·e·s par groupe de 5 ou 6.  «C’est extrêmement intéressant d’observer comment une dynamique de groupe s’installe. Certain·e·s sont des leaders, d’autres sont plus réservé·e·s mais nous devons faire ce travail tou·te·s ensemble», relève une des participantes.

 

La valeur d’être ensemble

Pour aider les jeunes à briser la glace, les organisateur·rice·s avaient plus d’un tour dans leur sac:  activités de groupe, confection de burger maisons au Caribbean Village de Nottwil ou encore jeux de pistes grandeur nature où les jeunes devaient résoudre un crime en se glissant dans la peau d’un·e détective.

 

«J’ai trouvé que nous avons rapidement réussi à créer un lien. Nous avons déjà une chose en commun:  nous sommes ici parce que nous somme des nerds - dans le sens positif du terme - sommes ouvert·e·s aux rencontres et aux nouvelles idées», explique Dario. «Cet événement nous a permis de prendre conscience de la valeur du ‘être ensemble’ », acquiesce le Dr. Julián Cancino, le responsable du projet.

 

Swiss made

Le plus grand atout de l’ISTF? Pour le Dr. Julián Cancino, il s’agit de la dimension internationale: «Il existe déjà des Olympiades internationales, mais nous créons ici un nouvel espace où les jeunes peuvent retrouver cette composante». Le Think-Tank conserve toutefois son assise helvétique en travaillant avec des expert·e·s d’institutions suisses: «l’ISTF est aussi l’occasion de mettre en avant le swiss made et de montrer la force de notre pays dans le domaine de l’innovation», conclut-il.

 

«l’ISTF est aussi l’occasion de mettre en avant le swiss made et de montrer la force de notre pays dans le domaine de l’innovation»

 

Les Olympiades de la science et Science et jeunesse souhaitent aujourd’hui tendre vers plus de coopération afin d’augmenter l’impact de leurs offres respectives et de voir émerger d’autres success stories, à l’instar de celle de Dario Ackermann. Il a participé à une semaine d’études Fascinating Informatics de Science et jeunesse avant de participer aux Olympiades de philosophie et d’économie puis de se retrouver à l’ISTF. «J’ai commencé à participer à ses programmes de promotion des talents parce que je voulais trouver des points de convergence entre mes matières de prédilection et surtout rencontrer d’autres personnes». Permettre aux jeunes d’éveiller ou de confirmer un intérêt scientifique, créer de points de rencontre, tels sont les objectifs de ces deux organisations.

 

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