Le 5 novembre, 28 jeunes ont pris part à l’atelier organisé avec lauréat∙e∙s des prix scientifiques suisses Marcel Benoist et Latsis à l'Université de Berne. Il et elles se sont prêté∙e∙s au jeu de questions et réponses sur leur recherche et sur le métier de scientifique durant l’après-midi.
Le 5 novembre, 28 jeunes ont pris part à l’atelier organisé avec lauréat∙e∙s des prix scientifiques suisses Marcel Benoist et Latsis à l'Université de Berne. (Toutes les photos : Miro Schär, Science et jeunesse.)
Il et elles se sont prêté∙e∙s au jeu de questions et réponses sur leur recherche et sur le métier de scientifique durant l’après-midi.
L’événement débute avec l’accueil du Prof. Didier Queloz, Président de la Fondation Marcel Benoist et lauréat Nobel 2019. Son grand sourire transmet à l’assemblée son enthousiasme pour les sciences et la remise des prix. Il encourage les participant∙e∙s à continuer d’être curieux et à faire partie de la relève scientifique suisse.
Sur ce, temps de briser la glace. Janosch Jörg, Servan Grüninger et Julia Knuchel, du groupe de réflexion scientifique Reatch, se chargent de modérer l’événement.
De gauche à droite : Julia Knuchel, Janosch Jörg et Servan Grüninger de Reatch.
Les personnes sont réparties en groupes pour faire connaissance, avant de mettre en commun les questions qu’ils et elles souhaitent poser aux scientifiques.
Une heure plus tard, le tour est joué. Il est temps de laisser entrer le chercheur et les chercheuses :
De gauche à droite : Mackenzie Mathis, Tobias Kippenberg, Saskia Stucki.
Les trois se réjouissent d’échanger avec les jeunes, dont la plupart ont participé aux concours des Olympiades de la science et de Science et jeunesse. La situation rappelle à M. Kippenberg sa participation à Jugend forscht, le pendant allemand de Science et jeunesse, ce qui lui a permis de rencontrer des scientifiques lorsqu’il était adolescent et in fine, s’orienter vers la recherche. Mme Mathis se souvient d'avoir participé aux Olympiades de mathématiques aux Etats-Unis.
Le Prix Marcel Benoist est décerné chaque année à des recherches exceptionnelles pour la société dans son ensemble ou importantes pour la vie humaine, produites en Suisse. Le montant du prix s'élève à 250 000 francs. Le Prix Latsis récompense des prestations particulières dans la recherche fondamentale en Suisse. Doté de 100 000 francs, il est attribué à un∙e scientifique avec un âge académique allant jusqu’à 10.
Une séance avec Tobias Kippenberg
La première session est toujours la plus intimidante, alors M. Kippenberg choisit de demander aux personnes présentes pourquoi elles sont là aujourd’hui. Tou∙te∙s trouvent intéressant de parler directement aux scientifiques sur leur thème de recherche et sur leur travail au quotidien; quelques personnes espèrent avoir des pistes de réflexion pour orienter leurs études ou leur carrière. Ces motivations constituent le fil conducteur des échanges cette après-midi.
Selon Kippenberg, sa recherche part d'une une question simple : comment attraper la lumière dans un espace minuscule. Il veut comprendre, puis utiliser cette connaissance dans la recherche appliquée. Il trouve de la beauté dans la recherche en général et la physique appliquée continue à le fasciner.
Il se plaît à dire à ses étudiant∙e∙s que la raison pour laquelle les scientifiques investiguent ou expérimentent est de pousser les limites du possible. Autrement dit, d'observer les défis, puis penser à des solutions intelligentes pour les relever. Quelquefois, les limites sont poussées sans savoir quelles applications pourront en être tirées. Il conseille aux futur∙e∙s chercheurs et chercheuses soit de travailler dans la recherche fondamentale, soit dans la recherche appliquée. Kippenberg explique que travailler à mi-cheval entre ces deux types de recherche peut déboucher sur rien après moults années, c'est-à-dire ne générer ni de nouvelles connaissances ni d’approfondissement, que ce soit en recherche fondamentale ou appliquée.
Parmi plusieurs personnes qui l’ont inspiré, le lauréat cite Andre Geim, physicien russe ayant obtenu le prix Ig-Nobel en 2000 et le prix Nobel en 2010. De lui il tire les leçons suivantes : sortez des sentiers battus, essayez même si cela n’est pas que ce vous avez exactement en tête – que ce soit parce que vous n’observez pas ce que vous vous attendiez ou parce que vous ne comprenez pas ce que vous avez sous les yeux. Une autre référence est Peter Gruber, physicien autrichien qui a décidé de travailler dans un sous-domaine bien connu de la physique, malgré l’incompréhension de ses collègues. Quelques ans après, il crée une entreprise de matériel informatique basé sur les résultats de ses recherches.
Une autre séance avec Mackenzie Mathis
La question du devenir apparaît en filigrane tout au long de cette séance. La rencontre commence par un résumé des buts et des méthodes de recherche de l’équipe de Mathis. Le but : diriger des muscles endommagés. L’approche : le reverse engineering, ou partir de la cartographie des muscles pour recréer des réseaux neuronaux du cerveau.
Tant l’approche que les outils employés fascinent, il n’est donc pas étonnant que quelqu’un demande à Mathis comment elle a construit son outil. Sa réponse : « On ne sait pas précisement ». Elle développe par la suite. La construction de son propre outil tient à l’audace de découvrir, de chercher des solutions, d’avancer par tâtonnements jusqu’à savoir quelles variables sont importantes ou pas. A un moment, une structure tient la route, elle peut être employée et ajustée. La scientifique apprécie que les questions de recherche sont en perpétuel changement et les poursuit. A titre d’exemple, elle a appris à coder pour effectuer son projet, elle a dû réserver du temps et garder de l’énergie pour cela. Elle se rappelle la frustration de ne pas savoir faire ce qu’elle voulait faire et de penser qu’elle était sensée de le savoir. D’après son expérience, on devient peu à peu à l’aise avec ce sentiment, on accepte ce processus d’apprentissage.
A la question de savoir si l’obtention du prix Latsis 2024 a changé quelque chose, elle répond que son public à légèrement changé; elle a été invitée par des sociétés médicales à présenter ses recherches et elle est désormais impliquée dans plus de recherches médicales. Elle perçoit un potentiel de collaboration qui la réjouit, puisqu’il y a des technologies fiables qui faciliteraient aux médecins l’établissement de diagnostiques.
La dernière séance avec Saskia Stucki
Cette session se démarque des autres. La chercheuse propose aux participant∙e∙s de poser toutes les questions souhaitées; elle s’engage à y répondre honnêtement, tout en préservant son intimité, à condition que ce qui soit discuté ne sorte pas de la pièce. La proposition est acceptée.
L'ouverture en guise de conclusion
A différents moments de l’atelier, les scientifiques ont souligné le caractère collaboratif et créatif de la recherche. Il et elles apprécient d’enseigner et d’apprendre des étudiant∙e∙s, de voir que ceux- et celles-ci viennent sans idées fixes et font preuve de créativité. Lors de projets de grande envergure, des collaborations locales et internationales se mettent en place, les équipes scientifiques se renouvellent continuellement, il y a un donc un transfert permanent de savoirs. Cela encourage à s’intéresser à d’autres domaines ou à d’autres approches.
Les trois enjoignent le public à se frotter aux frontières de leurs domaines de prédilection, car cela mène à d’autres pistes, à expérimenter l’interdisciplinarité. Les frustrations sont surpassées par les apprentissages. L’important est de ne pas se laisser coller une étiquette, de réfléchir par soi-même et de faire ce qui nous intéresse. Il faut trouver ce qui nous plaît et l’embrasser.
L’événement se clôture par un apéritif plurilingue, avec vue sur les Alpes bernoises. Le lendemain, les jeunes assisteront à la remise annuelle du prix Marcel Benoist et du prix Latsis, sous la Coupole fédérale, à laquelle les ancient∙e∙s lauréat∙e∙s Pascal Gygax et Lesya Shchutska prendront part.
La Fondation Marcel Benoist remercie les Olympiades de la science, Science et jeunesse et Reatch pour leur collaboration, tout comme l’Ambassade de France en Suisse et au Liechtenstein pour le soutien financier accordé à cet événement.